Féminisme, Féminisme Africain & Afro-Féminisme

Dernière mise à jour : juin 14

« Si vous ne parvenez pas à saisir avec justesse et subtilité la complexité que renferme l'univers du Féminin Sacré au sein d'un peuple et d'une nation, vous serez dans l'incapacité d'en déchiffrer les codesKugaruka Nsoromma Ashe Sankofa


Amaal Said, 01 Décembre 2016


AVIS

Cet article, en collaboration écrite avec La Katiolaise*, ne vise en aucun cas à balayer du revers de la main les revendications des femmes kamites (noires) qui doivent composer avec une double oppression le néo-colonialisme et la domination masculine des hommes kamites. Cet article a pour objectif de remettre en question la notion du féminisme en tant que telle parce que je demeure convaincu-e qu'il est l'apanage des femmes occidentales et que même si la gent féminine dans sa mosaïque culturelle est sujette à des mécanismes patriarcaux de domination, il n'en demeure pas moins qu'il y a une spécificité propre aux femmes kamites qu'il faut prendre en considération. Cet article a pour objectif d'instaurer une profonde réflexion et d'édifier les Femmes, les Hommes et les Personnes Intermédiaires (Cliquez sur le lien pour en savoir davantage). Je tiens aussi à préciser que ma position sur le Féminisme sera la posture d'une Âme Kamite Androgyne.


*La réflexion de La Katiolaise est marquée en caractère gras afin que vous puissiez comprendre sa posture sur le féminisne, le féminisme africain et l'afro-féminisme. Ses idées viennent confortées/confrontées (avec subtilité) les miennes en y ajoutant sa spécificité au niveau de sa pensée et de son style d'écriture qui relève du Haut-Niveau.


Afropolite,panafricaine,afroféministe, conférencière, blogueuse. La Katiolaise voit dans l'écriture un moyen de se réapproprier le récit de soi mais aussi, d'exploration des questions identitaires dans un contexte d’immigration, d’expatriation et diasporique.


Beaucoup croient que le féminisme est effectivement réservé aux femmes occidentales. D’ailleurs, beaucoup de femmes noires rejettent ce terme avec virulence, y voyant surtout l’expression de frustrations et/ou d’une malsaine compétition avec les hommes. Il n’en est rien pourtant. Pour ma part, je considère féministe toute femme qui lutte ou a lutté pour l’émancipation de ses consoeurs (et par extension toutes les personnes marginalisées) et/ou pour plus de droits au sein de la société. Ne serait-ce que sur le continent africain, les femmes correspondant à cette description sont nombreuses et, quand on englobe la diaspora, elles deviennent légion. D’autant plus, que, tel que déjà signalé, être une femme noire en occident signifie avoir à composer avec le racisme et le sexisme/patriarcat. Ainsi, depuis que les peuples noirs ont été en contact avec la vision et la définition occidentalo-centrée du féminisme, sortir de ce paradigme est aussi une manière de rendre leurs lettres de noblesse à ces femmes racisées bien souvent ignorées dans la conversation et, dont l’apport indéniable à l’avancement de la cause est minimisé. Je terminerais en rajoutant qu’attribuer la lutte féministe aux occidentales, fait passer les femmes noires pour passives. Certes, les revendications, moyens et plateformes que nous utilisons ou auxquels nous avons accès ne sont pas les mêmes, il n’en reste pas moins que la lutte et les gains sont réels.



FÉMINISME

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il convient d'effectuer un rappel historique pour celles et ceux qui ont une méconnaissance du sujet. Le féminisme est une conception, une idéologie qui prône l'égalité des genres entre l'homme et la femme. Il part du postulat que le privilège masculin accorde toute la plénitude aux hommes en privant les femmes de droits fondamentaux. Olympe de Gouges, considérée comme l'une des pionnières du mouvement féministe durant la révolution française, avait des revendications axées sur la représentation des femmes au sein des instances de décision et des arènes politiques. L'essence naturaliste et essentialiste qui la guidait sera aux antipodes de la pensée de Simone de Beauvoir, une autre figure majeure du féminisme, qui se positionne contre le déterminisme biologique en dénonçant le fait que les femmes soient considérées comme une altérité de la gent masculine. Selon elle, il n'existe pas de fonctions et rôles prédéterminés pour les femmes aussi bien que pour les hommes. Elle revendique l'égalité des genres dans toutes les strates de la société. L'essence qui l'anime est principalement constructiviste et existentialiste.


Féminisme Africain

Splendide femme ébène à la mélanine reluisante


Avant d'introduire le féminisme africain, il faut d'ores-et-déjà comprendre le contexte socio-historique des femmes kamites avant l'esclavage et l'invasion coloniale. J'ai déjà évoqué le rôle des femmes dans les Luttes de Libération des Peuples-Nations Kamites (Cliquez sur lien). Les femmes avaient un rôle crucial, prépondérant et déterminant dans la majorité des peuples-nations kamites qui forment la mosaïque culturelle de Katiopa (Afrique). Elles étaient présentes dans toutes les instances de décisions que ça soit au niveau politique, social et spirituel. Le paysage post-colonial qui se présentait à elles avec les pseudo-indépendances que nous connaissons ainsi que les séquelles/traumatismes reliés à l'acculturation et la détérioration de notre patrimoine sacré, laissaient peu de place aux femmes ainsi qu'à leurs revendications. Des figures importantes comme Awa Keïta (au Mali) et Mafory Bangoura (en Guinée) ont lutté pour les indépendances et la reconstruction des nations kamites. Quel ne fût leur désarroi lorsqu'elles se sont confrontées à un sexisme flagrant, une misogynie sans bornes et une phallocratie des plus détestables provenant des hommes kamites qui, eux-mêmes, étaient sous le joug du colonialisme et imprégnés de façon consciente ou inconsciente de la pensée patriarcale des occidentaux. La vision qu'ils ont des femmes est de la restreindre dans l'enclos familial. C'est dans ces conditions que le féminisme africain va surgir avec des femmes de lettres telles que Mariama Bâ, Aminata Sow Fall, Ken Bugul, Jeanne Martin Cissé, etc. Elles dénoncent les injustices dont sont victimes les femmes dans leur quotidien.


Scission La Décennie des Nations (1976-1985) consacrée aux femmes sera un tournant décisif marquant la scission entre le féminisme occidental et le féminisme africain. Les sujets de discorde étaient focalisés sur le Genre et la Maternité. Trois femmes se sont illustrées lors de ces débats, il s'agissait entre autres de Fatima Mernissi (sociologue marocaine), Filomena Steady (sociologue sierra léonaise), Achola Pala (sociologue kényane). Elles étaient en désaccord avec la vision universaliste des femmes occidentales voulant absolument imposer les notions du Genre et de la Maternité aux femmes kamites dont l'une des principales préoccupations était la décolonisation.