Kwanzaa, un Cortège d'Irrévérence

Mis à jour : nov. 5

Dans cet article, je vais aborder un sujet important : le Mépris.  Je vais illustrer mon propos en évoquant l’hostilité et l’indifférence que nous ont manifesté une majorité de convives à la célébration de la Kwanzaa. Toutefois, je tiens à préciser que certains d’entre-deux se sont montrés bienveillants à notre égard.


AVANT-PROPOS

L’emploi du vocabulaire «Gardien-n-e-s des Portes» terme employé par Sobonfu Somé et Malidoma Somé est utilisé pour désigner l’ensemble des personnes possédant des spécificités les rendant différent-e-s du restant de la société selon un paradigme kamite (noir-e). Toutefois, ayant conscience que la langue française est une langue étrangère, il convient de mentionner que le terme Gardien-n-e-s des Portes (Personnes Intermédiaires) sont les termes les plus adéquats pour nommer la particularité de ces personnes qui ont été, et qui sont encore considérées à tort comme «LGBTQIA+». L’acronyme «LGBTQIA+» s’accompagne de définitions et de concepts s’inscrivant dans un contexte occidental ne correspondant pas aux réalités kamites (noir-e-s) et ne pouvant en aucun cas s’appliquer aux Gardien-n-e-s des Portes. Cette notion de «Gardien-n-e-s des Portes» (Personnes Intermédiaires) correspond davantage à la terminologie «Two-Spirits» employée par les Premières Nations ainsi qu’à des terminologies similaires utilisées par d’autres peuples-nations dans leurs langues respectives.

KWANZAA

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il convient de vous familiariser avec le concept de la Kwanzaa. Ce mot, originaire du Swahili signifie « Premiers Fruits » et provient de l’expression matunda ya kwanzaa. La célébration de cette fête a été initiée par le Dr. Ron Malauna Karenga en 1965-1966. Il s’est principalement inspiré des fêtes agricoles kamites [africaines] se tenant à des périodes spécifiques de l’année, c’est-à-dire au moment des récoltes. La création de la Kwanzaa répondait à une nécessité pour les kamites d’Amérique du Nord et plus particulièrement ceux des États-Unis de se reconnecter énergétiquement avec Katiopa [Afrique]. Les festivités de la Kwanzaa se déroulent du 26 Décembre au 1er Janvier et reposent sur sept fondements que sont l’Unité, l’Auto-Détermination, le Travail Collectif - la Responsabilité, la Coopération Économique, le But, la Créativité et la Foi.

INVIT-É-E-S SURPRISES

Dans l’optique de nous reconnecter aux valeurs ancestrales de Katiopa (Afrique), nous avions entrepris de nous rendre aux festivités de la Kwanzaa se tenant le 30 Décembre 2017 à Montréal. Nous étions au nombre de quatre. Nous étions très enthousiastes à l’idée de pouvoir y assister, faire de nouvelles rencontres, échanger de brillantes idées et avoir un sentiment d’appartenance communautaire. Quelle déception à la vue du contraste entre nos attentes et la réalité ! Comme à l’accoutumé notre présence rimait avec le charme, l’élégance et la beauté.  Pour la circonstance, la première d’entre-nous (moi) était vêtu d’un dashiki rouge-bordeaux lui arrivant aux genoux, permettant entre-autres d’apprécier ses longues jambes velues. Il/Elle avait également un chapeau qu’elle portait comme une auréole le tout assorti avec de longues boucles d’oreilles scintillantes, des bracelets et des bagues recouvrant ses mains et ses poignets. La seconde personne portait un pagne-tissu recouvrant sa tête. Il/Elle avait un léger maquillage qui s’agençait avec sa barbe/moustache. Son rouge à lèvres, son vernis, sa robe, ses leggings et sa paire de chaussure dorée complétaient sa tenue. La troisième personne avec nous portait un jeans bleu et une chemise verte de type hawaïenne. Elle/Il avait les cheveux courts et un piercing au nez. La quatrième personne portait un foulard noir sur la tête accessoirisé comme le font les hommes touareg, il/elle avait également une longue écharpe qu’il portait au niveau de son jeans. Nous étions sous les feux des projecteurs tout au long de la soirée, ce qui n’était pas fait pour nous déplaire en soit, mais dans un tel contexte de réjouissance, nous ne nous attendions pas à autant de négativité.


MÉPRIS

La plupart des personnes qui nous regardaient avaient de la méfiance plus ou moins prononcé à notre égard. Tout se passait dans la façon d’interagir avec nous. Le langage corporel de ces derniers suffisait à les trahir. Nous pouvions le ressentir sous plusieurs angles.


  • Nous dévisager de façon inappropriée toute la soirée.

  • Nous adresser des sourires hypocrites et feindre de nous faire la conversation.

  • Nous demander de façon répétitive si nous avions bel et bien acheté nos tickets. Instaurer implicitement une atmosphère malsaine pour nous mettre mal à l’aise.

  • Nous réserver un accueil glacial à l’entrée tout en étant chaleureux avec les autres invités. Converser avec les personnes de la table à laquelle nous nous trouvions et ne pas nous inclure dans les discussions.

  • Refuser de s’asseoir à la même table que nous ou montrer son embarras de ne pas pouvoir s’asseoir ailleurs que sur notre table.

Nous aurions cru qu’en de telles circonstances, cette attitude était uniquement l’apanage des hommes. À notre grande surprise, nous avons constaté que les femmes se livraient également à cette activité de dépréciation. Nous avons trouvé encore plus déplorable le fait que ça soit des individus en âge d’être nos grandes-sœurs, grands-frères, mères et pères. Nos aîné-e-s et nos ancien-e-s ne sont-ils/elles pas censé-e-s veiller sur les plus jeunes ? Étrangement lorsqu’il s’agit de nous, au mieux la question demeure au pire la réponse est négative.

COMÉDIE

À trois reprises nous avons assisté à des scènes qui retranscrites dans un scénario nous auraient très certainement valu des nominations aux Oscars et au Festival de Cannes. La première scène est survenue lors d’une activité où l’on demandait à toute l’assistance de cogiter pour répondre à une question. Une personne par table était désigné par le groupe ou se portait volontaire. Plusieurs personnes se succédaient et l’une d’elles était une dame à la tête d’une association pour femmes. Dans son élocution, elle mentionnait à de nombreuses reprises que cette association était uniquement pour les femmes. Elle insistait sur cet aspect en nous regardant du coin de l’œil. Une façon de sous-entendre que les hommes n’étaient pas admis et encore moins les Personnes Intermédiaires en l’occurrence les hommes-femmes. Je suis d’avis qu’un groupe de personnes ayant des caractéristiques communes décident de se réunir dans un contexte de non-mixité. En revanche, je trouvais déplorable l’intention dans sa démarche et sa façon de nous le faire comprendre. La deuxième scène s’est déroulée au moment de la dégustation culinaire. Nous devions nous mettre en file indienne pour le service. Parvenu à la table des boissons, celui qui était en charge de cette section était train de faire la cour à une demoiselle et dès qu’il a aperçu l’un-e de nous, en l’occurrence notre ami-e qui était le plus féminin, il a démontré un comportement qui traduisait l’embarras. Il était visiblement perturbé par sa présence, il faisait son possible pour éviter de croiser son regard. Il n’était plus l’homme serein que nous avions observé. Serait-ce la féminité de notre ami-e qu’il aurait troublé à ce point ? La troisième scène était la plus intéressante. Pendant les délibérations, nous avions estimé qu’un volet n’avait pas été abordé. L’un-e d’entre nous (moi) avait été désigné-e à l’unanimité comme porte-parole pour transmettre le message. Nous avons attendu le moment propice pour nous manifester avec une main levée. Cette main levée à fait régner le silence dans la salle. L’animateur de la soirée s’exclama en disant : «À vous pas maintenant». Toute l’assemblée se mit à rigoler nous-mêmes y compris. Cette attitude était clairement un manque de considération sachant que les autres invités n’avaient pas eu droit à ce genre de remarque.  Après avoir terminé ses annonces, il est revenu vers nous timidement en disant: « Oui » et notre porte-parole a posé la question suivante «Je peux parler» il a répondu par l’affirmative, mais son expression faciale traduisait le contraire. Encore une fois le silence s’est imposé de lui-même et d’un pas assuré notre porte-parole s’est dirigé-e devant l’assemblée. Les intervenants qui nous ont précédé ont eu droit à des éloges d’introduction de ce style « Le guerrier kamite » ou « La reine kamite » et à un tonnerre d’applaudissement. Au tour de notre porte-parole, l’animateur n’a émis aucun commentaire et aucun applaudissement n’a été entendu dans les premiers instants. L’animateur devait très certainement se poser la question si le pronom il ou elle s’appliquait dans ce cas de figure. Nous pouvions voir dans ses yeux l’étonnement et aussi la crainte par rapport à ce que notre porte-parole s’apprêtait à dire. Les personnes présentes s’attendaient probablement à ce que nous parlions de sexualité et de genre en raison de notre singularité. Ce qui n’a pas été le cas, notre présence suffisait amplement à perturber toute l’assemblée. Nous avons parlé de la guérison émotionnelle des âmes kamites (noir-e-s), comme étant un élément capital à entreprendre pour se libérer des séquelles de l’esclavage et de la colonisation.


BIENVEILLANCE

Une fois son propos terminé, notre porte-parole (moi) a été applaudi par toute l’assemblée, il/elle a souri en revenant s’asseoir. C’est là que notre ami-e nous a fait savoir que la première personne qui avait applaudi au passage de notre porte-parole était un enfant, oui vous avez bien lu un enfant. C’est cet enfant qui a donné le ton en l’applaudissant lorsque le silence avait plané. Nous nous sommes senti-e-s honoré-e-s par ce geste d’autant plus que nous étions loin de nous imaginer que l’appréciation viendrait d’un enfant. Effectivement, la bienveillance à laquelle je faisais allusion en début d’article était celle des enfants. Ils et Elles nous ont regardés avec respect, curiosité, innocence, émerveillement et surtout avec bienveillance. Nous tenons également à souligner que le Dj de la soirée et sa copine se sont montrés respectueux envers nous. Ils avaient un sourire radieux et sincère. Deux autres personnes assises à notre table nous ont démontré une attitude que nous avons fortement appréciée. L’une de ces personnes a perçu l’expression de notre androgynie comme étant une manifestation de la beauté et de l’esthétique. Elle avait raison, nous étions resplendissant-e-s.

SUBTILE DISCRIMINATION

Je tiens à préciser qu’après notre passage, il nous a été rapporté que notre présence ait provoqué un tollé au sein de la communauté se disant « Afro-Consciente » de Montréal que nous désignons sous le vocable d’"Hotep" en raison leur référence obsessionnelle à l’Ancienne Égypte et pour leur proportion à reproduire de façon consciente et inconsciente les mêmes schémas d’oppressions et d’exclusions qu’ils et elles dénoncent. Pour s’en rendre compte, il suffit de lire attentivement leur règlement concernant la célébration de la Kwanzaa du mois de Décembre de l’année 2018. Ce règlement ressemblait davantage à une mise en garde nous étant personnellement destinée, le nier serait faire preuve de mauvaise foi compte-tenu des circonstances. Les organisateurs ont décidé d’afficher un règlement faisant en sorte de subtilement nous discriminer. Je vous propose de mettre en lumière ce qui a été écrit ainsi que sa véritable signification :

1 – "Cette célébration se veut être un événement familial, convivial et conforme au cadre culturel traditionnel africain" Traduction réelle : Les Personnes Intermédiaires, ne sont pas considéré-e-s comme faisant partie intégrante de la Famille. Ils-elles ne sont pas une source de convivialité et leur existence ne sont pas conforment au cadre culturel traditionnel kamite

2 – "Dans le soucis de garantir une soirée sécuritaire pour tous les invités parmi lesquels se trouvent des enfants" Traduction réelle : La présence des Personnes Intermédiaires de façon discrète ou exubérante seraient susceptibles de heurter la sensibilité des enfants. Prenez-garde, ils seraient capables endoctriner les futures générations

3 - "Aucun grabuge, ni écart de comportement ne sera toléré" Traduction réelle : Quel geste de lèse-majesté que celui qui consisterait pour les Personnes Intermédiaires d'avoir l'audace de prendre la parole et de parler de ce qu'ils/elles sont. Quant à l'écart de conduite, il résiderait dans le fait de s'adresser aux convives question de faire du réseautage et/ou de se pavaner sur la piste de danse. Attention, certaines chorégraphies pourraient choquer l'assistance

4 - "La tenue de soirée doit respecter les standards ancestraux africains et le cadre culturel traditionnel que nous mettons de l’avant pendant cette célébration doit être respecté" Traduction réelle : Les Personnes Intermédiaires de par leurs tenues quelques peu provocatrices ne correspondent pas aux standards ancestraux kamites et il va de soi qu'une tenue, même la plus appropriée, ne saurait convenir si elle ne cadre pas avec les codes vestimentaires de la Femme et de l'Homme. Il ne faudrait tout même pas accepter l'inacceptable. On serait en train d'approuver l'indécence.

5 - "Les organisateurs de l’événement se réservent le droit de refuser l'entrée ou d'expulser toute personne qui ne respectent ces consignes, la loi ou tout règlement" Traduction réelle : Les Personnes Intermédiaires se verront refuser l'accès et/ou expulser de la Soirée Gala Kwanzaa 2018

Ce message a été envoyé aux organisateurs de l’événement qui ont bien évidemment vu et lu ce message sans y donner suite.

NGUZO SABA

Au vu du mépris, de l’hostilité et de l’indifférence que l’assistance nous a manifesté, voici ce qu’il en ressort :

Umoja/Unité – S’engager à maintenir l’unité dans la famille, la communauté, la nation et le peuple. L’unité ne se construit pas en marge, ni par l’exclusion d’une catégorie de personnes. Comment pouvaient-ils prêcher l’unité et semer la discorde à l’endroit des Personnes Intermédiaires que nous sommes ? Nous faisons partie du peuple, de la nation, de la communauté et de la famille.

Kujichagulia/Auto-Détermination – Se définir par nous-mêmes, s’identifier par nous-mêmes, créer pour nous-mêmes et parler pour nous-mêmes. Nous nous définissons comme des Âmes Kamites/Êtres Mélaninés avec la particularité d’être des Gardien.n.e.s des Portes (Personnes Intermédiaires).

Ujima/Travail collectif  & Responsabilité – Construire et maintenir notre communauté ensemble et faire en sorte que les problèmes de nos frères et sœurs deviennent les nôtres et que nous puissions les résoudre ensemble. Le constat est plutôt affligeant quand nous avons la capacité de voir les autres comme étant nos frères et nos sœurs tandis que eux, étaient dans l’incapacité de nous percevoir en tant que tels. La construction d’une communauté et de son maintien nécessite de solides fondations et celles-ci ne doivent pas être gangrenées par une étroitesse d’esprit et des sentiments égotiques surdimensionnés.

Ujamaa/Coopération économique – Construire et maintenir nos propres magasins, nos boutiques et d’autres marchés afin d’en faire profiter toute la communauté. Nous pouvons contribuer au rayonnement de notre société parce que nos Dons Innés et Talents Naturels servent à enrichir le Cosmos qui vit en nous.

Nia/But – Faire en sorte que notre vocation collective soit le fondement et le développement de notre communauté permettant de redonner à notre peuple sa grandeur d’antan (Ancestrale/Traditionnelle). Nous poursuivons un objectif commun, celui d’accomplir ce pourquoi nous nous sommes incarnés tout en veillant au respect de l’Ordre Cosmique établit par Imana/Source Divine.

Kuumba/Créativité – Faire toujours autant que possible, de la meilleure des façons, afin de laisser en héritage notre communauté plus belle et plus bénéfique qu’elle ne l’était. Nous excellons dans tous les domaines, et ce, sans exception parce que nous avons été dotés d’une singularité par Imana/Source Divine. Cette particularité est inscrite dans notre Code Génétique d’où l’incommensurable créativité qui émane de nous.

Imani/Foi – Croire que tout notre cœur en notre peuple, nos parents, nos enseignants, nos dirigeants, au bien-fondé (Justice) et à la victoire de notre lutte. Pensaient-ils réellement qu'ils rendaient honneur à nos ancêtres méritants quand notre simple présence suffisait à ce que l’ostracisme soit l’une de leur devise ?  

L’une des paroles de la chanson Jay-Z ft. Beyoncé extraite de son album 4:44 dit ceci : « Nobody wins when the family feuds*». *Personne ne sort vainqueur d’une querelle de famille.


Nous faisons partie de l’équation, notre existence à une raison d’être, nous sommes une part de la solution et il faudra composer avec nous pour restaurer la vitalité de Katiopa.


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RÉFÉRENCES

Kwanzaa, [http://www.officialkwanzaawebsite.org/index.shtml] Bert H. HOFF., http://www.menweb.org/somegay.htm, Gays: Guardians of the Gates, An Interview with Malidoma Somé, [En Ligne], Publication / Copyright © 1993 by Bert H. Hoff Sobonfu, SOMÉ., Vivre l’intimité, la sagesse de l’Afrique au service de nos relations, Jouvence Éditions, 02 Octobre 2001, 148p.

©Kugaruka

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