Zangbetô – La Police Secrète

Mis à jour : sept. 12

J'ai toujours été fasciné-e par le Zangbetô autant par sa symbolique mystique que par son aspect mystérieux. La prononciation du Zangbetô ainsi que la vibration sonore qu'il procure par sa vocalisation est incontestablement magique au niveau linguistique et cosmique.

Zangbetô ©Musée Vaudou de Strasbourg


ZANGBETÔ

Le Zangbetô dans la culture Ogu/Egun est un Gardien de la Nuit qui se présente sous la forme d'un masque traditionnel. On attribut la provenance du Zangbetô à Te-Agbanlin d'Agbome au Dahomey l'actuel Bénin. Son ingéniosité et sa créativité auraient contribué à la création d'un efficace système de sécurité et de défense. Zanho qui se traduit par Maison de la nuit est le nom de costume du Zangbetô. Son apparence se compose d'une corne d'antilope qui supplante le haut de sa tête. Les couleurs (rouge, vert, jaune, violet, marron) qui ornent sa tenue – constituée de feuilles de rafia et de palmier – sont la résultante d'un mariage de couleurs que l'on doit à des herbes spéciales reconnues pour leurs propriétés magiques. Ces couleurs sont hautement symboliques et représentatives de divers aspects de la vie à savoir la vitalité, la fertilité, le progrès, la douleur, le sacrifice, la maturité.


Cette entité agit comme un mécanisme de contrôle social dont le rôle consiste à réguler les comportements en société. Doté d'une vigilance accrue, le Zangbetô se présente comme un justicier auprès des habitants, il occupe une place prépondérante dans la médiation de conflits, l'imposition de sanctions, l'exécution de sentence, l'arbitrage de règlements et de différents. Le Zangbetô peut-être considéré comme le troisième œil qui perçoit le Monde Invisible. Il a la capacité d'identifier les voleurs, les sorciers et tout individu malintentionné. Le Zangbetô est un grand protecteur et un rempart contre les esprits malfaisants, les épidémies, la famine et la magie noire. Son rôle au sein de la communauté n'est pas uniquement celui de veilleur de nuit, il contribue à l'épanouissement et au développement de la collectivité. Dominic Okure précise que : « Le Zangbetô maintient l'ordre social, renforce l'esprit des ancêtres au sein de la communauté et transmet l'identité culturelle de la nation Ogu/Egun. »


Zanholu, Ataho, Oho yin-yin Ataho et Ohosi sont les quatre variantes ou personnalités du Zangbetô. Zanholu est un esprit de la mer et considéré comme le cerveau des opérations. Ataho, le plus connu de tous, a la capacité d'enfanter d'autres Zangbetô durant ses performances. Oho yin-yin Ataho se démarque par son agilité au niveau de la danse et de ses remarquables prestations scéniques. Ohosi reconnu pour son indiscipline et son côté obstiné est associé à la force, la bravoure et la résilience. Le Zangbetô a à sa disposition trois personnes qui jouent un rôle crucial dans les cérémonies. Le Kregbeto est le garde du corps, maître de la symbolique des arts et celui qui donne les directives du Zangbetô à l'assistance. Le Kogan veille à ce que la cérémonie se déroule sans encombre. Le Zangan est le prête qui supervise le culte et les cérémonies. L'intégrité est une qualité essentielle pour être désigné à l'une de ces trois fonctions.


POLICE SECRÈTE

La magie du Zangbetô réside dans son identité mystère et dans la manifestation des énergies féminines/masculines qu'il parvient à maîtriser lui permettant ainsi d'être en fusion avec ces deux polarités qu'il transcende pour atteindre l'équilibre et la neutralité. Le Zangbetô dont la voix peu commune serait susceptible de provoquer une frayeur cosmique est également considéré comme une réincarnation de l'esprit des ancêtres qui se manifeste dans le Monde Visible avec pour objectif d'orienter, d'assurer la protection et la pérennité de ses descendant-e-s. Le Zangbetô est très fortement relié au mysticisme, à la force, à la sagesse, à la pureté, à l'au-delà, au surnaturel, à l'esthétique, au rituel, aux costumes et à la performance. Le Zangbetô en tant que médiateur spirituel en matière de gouvernance est aussi une institution en d'autres termes une société de secrète régie par des règlements internes réservés aux initié-e-s.


RÉFLEXION

Dominic Okure mentionne quelque chose d'important dans son article consacré au Zangbetô : « Alors que dans le monde occidental, les mécanismes d'application de la loi et autres mesures de contrôle social formelles ou étatiques semblent avoir largement prouvé leur fiabilité; ils ne réussissent pas également dans la plupart des sociétés africaines. S'il peut sembler anachronique d'essayer d'expliquer cet écart ou cette disparité uniquement en termes de différences culturelles, cela démontre en quelque sorte le caractère inapproprié d'une adoption et d'une application unilatérales des modèles occidentaux dans le progrès socio-économique et politique des sociétés non-occidentales ». La culture occidentale imprègne fortement la vie des peuples-nations kamites (noir-e-s) que nous sommes (héritage colonial oblige). Toutes les sociétés kamites (noir-e-s) devraient repenser leur système de police et mettre en place un nouveau système qui tiendrait compte des réalités de chaque nation et pour cause les systèmes de polices actuels en plus d'être désuets sont diamétralement opposés à ce qu'ils sont censés représentés. Comme l'a relevé Korofolie : « Dans le contexte africain, la défaillance de la police ne se manifeste pas uniquement dans sa violence, mais aussi dans sa négligence et son manque de conviction pour la défense des populations ». Or, le rôle principal de la police est de protéger et de servir une fonction que le Zangbetô rempli avec une efficacité déconcertante.


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La photo de couverture met en vedette la représentation du Zangbetô au Musée Vaudou de Strasbourg


RÉFÉRENCES


Rashidi Akandji AKUNOLA et Mathias Olufemi Dada OJO., Zangbeto : The Traditionnal Way of Policing and Securing the Community among the Ogu (Egun) People in Badagry, Nigeria, Issues in Ethnology and Anthropology, n. s. Vol. 8. Is.1 (2013).


KOROFOLIE., Aïssata Sylla, La violence policière: une réalité Africaine, https://www.korofolie.com/post/la-police-en-afrique-on-en-parle, [En ligne], Publication 19 Juin 2020.


Dominic, OKURE., Symbolism and social control of Zangbeto among the Ogu of Southwestern Nigeria, CAES Vol. 2, № 2 (June 2016).


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