Moonlight | Les Multiples Facettes de la Lune

Mis à jour : oct. 4

Ce chef d’œuvre cinématographique montre en trois phases : l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte d’un jeune homme kamite (noir) vivant aux États-Unis. Ce long-métrage met également en exergue de façon subtile les répercussions désastreuses sur le plan familial, communautaire, psychologique, scolaire, économique, culturel et spirituel d’un système institutionnel perpétuant l’aliénation mental d’une partie de la population.


AVANT-PROPOS

Le terme de « Gardien-n-e-s des Portes », employé par l’autrice Sobonfu Somé et l’auteur Malidoma Somé, est une notion équivalente à celle des « Two-Spirits », une terminologie que les Premières Nations emploient pour désigner les Personnes Intermédiaires (LGBTQIA+).


LITTLE

Alex R. Hibbert


Little est un enfant à la personnalité timide et introverti. Il vit dans un environnement social où la violence et la drogue sévissent. Il a de la difficulté à communiquer et à exprimer ses émotions. Paula/Naomie Harris, sa mère est la seule qui s’occupe de lui, elle est démunie, sans ressources et sous l’emprise de substances novices addictives. Juan/Mahersahala Ali, est une figure paternelle plus ou moins positive pour Little, mais également un vendeur de drogue. Il décide de le prendre en charge comme son fils parce qu’il s’agit d’un enfant de la communauté. Teresa/Janelle Monáe est une figure maternelle positive à l’opposé de sa mère. Elle est douce et attentive envers lui. Little ne parvient pas à s’intégrer auprès des garçons de son école et de son quartier parce que sa singularité, en tant que Gardien des Portes [Personne Intermédiaire], transparait dans sa personnalité et dans sa façon d’être d’où le fait qu’il soit constamment marginalisé. Kevin/Jaden Piner est le seul qui lui accorde sa bienveillance et son amitié. L’une des scènes du film, la scène aquatique, 17min48s-19min26s met en avant la guérison et l’apprentissage opéré par le père ayant un contact physique/une saine proximité avec le fils. La guérison par le biais l’eau, un des quatre éléments fondamentaux (eau, air, feu, terre) permet de faire un parallèle avec le Noun, Eau Primordiale des anciens égyptiens et la perception de l’eau chez les peuples Dogon, Bambara, Akan et Bantu-Venda où l’eau se présente comme une force vitale, purificatrice, une énergie créatrice primordiale. Dans la scène qui suit Juan lui fait savoir que les personnes noir-e-s ont été les premiers à investir l’humanité : « Les noirs il y’en a partout, n’oublie jamais ça […] y’a aucun endroit au monde où tu ne trouveras pas de noirs. On a été les premiers sur cette planète ». Ces propos sont véridiques d’autant plus que l’on sait que les personnes noir-e-s sont les premiers humains connus à être apparus sur terre dans la région des Grands-Lacs (jusqu'à preuve du contraire) avant de s’étendre en Europe [Les Racines Africaines de la Civilisation Européenne, Nioussérê Kalala Omotunde], en Asie [Cent mille ans de présence africaine en Asie, Runoko Rashidi], en Amérique [Ils y étaient avant Christophe Colomb, Ivan Van Sertima] et en Océanie. Juan raconte à Little une anecdote dans laquelle une dame lui aurait dit à Cuba que : « Dans le clair de lune, les garçons noirs ont la peau bleue » faisant ainsi référence à la Mélanine. Paula ayant démissionné de son rôle de mère, Little est en proie à une profonde solitude dès son jeune âge. Deux scènes permettent de mieux comprendre sa souffrance et la dynamique entre juan, sa mère et lui. La première, 27min10s-29min45s est celle où Juan découvre que Paula consomme de la drogue. Il lui somme de se ressaisir, elle lui rétorque qu’il n’est pas la personne habilité à lui faire la morale parce qu’il est l’une des personnes qui contribue à sa déchéance. La seconde, 34min53s-35min50s est celle où Juan prend conscience une seconde fois de l’effet dévastateur de son activité sur la mère de Little qui dans sa descente aux enfers entraîne son fils.


CHIRON

Ahston Sanders


Chiron est un adolescent renfermé sur lui-même et dont l’expression faciale traduit la colère, l’amertume, une hyper-sensibilité et un manque d’assurance. Son ami Kevin/Jharell Jerôme est confiant, drôle, insouciant et sexuellement actif. Il a conscience de la singularité de Chiron. On pourrait éventuellement s’attarder sur les aspects insidieux du Colorisme lorsque Kevin (clair de peau) surnomme Chiron (noir de peau) Black. Quel est donc le sens figuré de ce surnom affectueux ? À la maison, la situation de sa mère s’est considérablement dégradée comme l’état de la maison. Elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle est obligée de s’adonner à des pratiques sexuelles dévalorisantes lui permettant d’avoir de l’argent pour se procurer de la drogue. Chiron a toujours cet étrange sentiment d’abandon. Il va trouver du réconfort auprès de Teresa et de Kevin. Une scène particulière du film, la scène au clair de lune, 49min33s-55min49s montre des instants d’affection, d’intimité, de confidence et de tendresse entre les deux personnages. C’est un instant magique entre Kevin et Chiron qui traduit une Amitié-Amoureuse. Au collège, Chiron subit la foudre d’un garçon en particulier Terrel/Patrick Decile qui lui témoigne un mépris/une haine viscérale par son regard intimidant, ses propos inconvenants et ses moqueries incessantes. Il représente une virilité qui frôle l’indécence, une masculinité toxique héritée du patriarcat dans lequel Chiron est perçu comme un homme faible à cause de sa fémininité. Dans une autre scène du film, la scène de la rupture,1h00min25s-1h03min36s Kevin en vient à porter main à son amoureux, Chiron démontre un immense courage lorsque ses yeux croisent le regard désemparé de Kevin qui malgré lui décide de le frapper sous la coercition/pression de groupe et par protection au risque lui-même de se faire tabasser par Terrel et toute sa bande. Cette nouvelle fracture émotionnelle donne la possibilité à Chiron de prendre sa revanche sur Terrel,1h04min10s-1h05min58s. Une revanche qui va le précipiter dans l’engrenage du système judiciaire/carcérale longuement décriée dans le documentaire The 13th de Ava DuVernay.


BLACK

Trevante Rhodes


Black est un jeune homme qui s’est préfabriqué une personnalité calquée sur Juan. Il s’est endurci de corps et d’esprit. Sa nouvelle carapace musculaire lui permet d’imposer le respect. Il parvient à présenter une masculinité prédominante écrasant ainsi toute sa féminité qui jadis était perceptible par son entourage. Il n’a plus aucune une relation soutenue avec sa mère. Dans une des scènes,1h10m57s-1h11m31s Paula est une femme en proie au chagrin et cela peut fortement se ressentir au timbre sonore de sa voix. Lorsqu’il décide de lui rendre visite, elle reconnaît lui avoir porté préjudice au courant de son enfance/adolescence. Elle lui demande pardon pour toutes ces blessures émotionnelles dont elle responsable. Kevin/André Holland renoue contact avec lui en s’excusant sincèrement du tort qui lui a fait. Au courant de leur retrouvaille les deux personnages se regardent avec beaucoup d’amour. Le regard de Chiron est chargé d’émotions entre la joie de le retrouver et la tristesse de s’apercevoir que le moment d’intimité qu’ils avaient eu à l’adolescence n’avait pas eu la même incidence sur la vie de Kevin qui avait fondé une famille. Chiron est quelque peu déboussolé, déçu avec un léger sentiment de colère. Kevin est resté le même pétillant d’énergie et remplie d’allégresse. Kevin lui témoigne son affection au travers d’une somptueuse mélodie de Barbara Lewis, Hello Stranger. Chiron raccompagne Kevin chez lui, c’est à ce moment qu’ils engagent une discussion, 1h41min15s-1h43min29s dans laquelle Kevin dresse un bilan de son vécu. Cette scène présente une perspective où l’on s’aperçoit qu’autant Chiron et Kevin ont été brisés par le système dans lequel ils vivent. Ils sont dans l’incapacité d’exprimer un brin de sensibilité entre hommes sans risquer une remise en question de leur masculinité. Black lui fait une dernière confidence, 1h44min22-1h46min01s dans laquelle il lui signifie l’impact considérable et positif que cette intimité lui a procuré au niveau sentimental. Kevin conscient de cela ne le rejette pas mais lui procure cette attention et ce besoin d’affection qu’il n’avait pas reçu depuis son enfance.


LES MULTIPLES FACETTES DE LA LUNE

Moonlight


Au clair de lune, Little a grandi dans un milieu familial dysfonctionnel. Il a été dans l’incapacité d’éprouver des sentiments d’amour à l’endroit de sa mère. Cette Défaillance Maternelle ne lui a pas permis d’apprécier à sa juste valeur le Féminin Sacré en lui. Il a également souffert d’une Carence Paternelle. Ce manque de représentativité masculine positive dans son environnement ne lui a pas permis de se construire convenablement au niveau de son énergie masculine qui a été altérée d’où l’importance d’avoir des Figures Maternelles et Paternelles Positives pour l’enfant. Une scène du film particulièrement troublante et parfaitement agencé au niveau de la direction artistique, 30min04s-30min45s (la musique, le ralenti de la scène, le choix des couleurs) permet de mieux comprendre cette dynamique. Au clair de lune, Chiron est sous le joug d’une Étrange Mélancolie parce qu’il ne parvient toujours pas à voir le sentiment d’être aimé/apprécié à sa juste valeur. Il cultive inconsciemment une mauvaise estime de soi héritée de sa mère. Même si Juan, Teresa et Kevin lui démontrent par leurs actions l’amour qui lui porte, il porte toujours en lui les stigmates de la souffrance. Une scène du film permet d’en témoigner, 1h03min37s-1h04min09s l’état délabrée de la salle de bain est à l’image de la Relation Toxique avec sa mère et les conséquences sur sa personne. Au clair de lune, Black a su faire preuve de Résilience d’une certaine façon en devenant l’extrême opposé de ce qu’il était jadis d’un point de vu extérieur, mais il reste un homme brisé de l’intérieur. Le processus de Guérison peut néanmoins débuter parce que sa mère et Kevin reconnaissent leurs mauvaises actions et s’excusent de leurs méfaits. Ces moments ont été importants pour Black faisant en sorte que son cœur soit apaisé par la puissance du Pardon. La dernière scène du film,1h46min02s-1h46min30s présente un souvenir mémorable de son enfance où l’ordre avait été rétabli sur le désordre émotionnel.


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RÉFÉRENCES


Barry Jenkins/Réalisateur, s’est inspiré de la pièce de théâtre intitulée In Moonlight Blacks Boys Look Blue de Tarell Alvin McCraney/Dramaturge


Directeur de la Photographie © James Laxton


La Philosophie Africaine de la Période Pharaonique 2780-330 avant notre ère de Théophile Obenga publié aux éditions L’Harmattan.


Teaser/Moonlight, [https://www.youtube.com/watch?v=9NJj12tJzqc]


©Kugaruka

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