La Dualité, La Dynamique Fusionnelle & Le Double Héritage des Hommes Métis

Dernière mise à jour : juin 8


Le terme Métis dans le contexte canadien désigne un peuple à part entière qui est le fruit de la rencontre entre les Premières Nations et les Européens. Dans le cadre de cet article et en tenant compte de l'élasticité de la langue française, le terme Métis sera employé pour désigner principalement le métissage des Êtres Mélaninés avec d’autres Peuples-Nations, plus particulièrement avec les occidentaux.


Aka-Trudel, ©Mathieu Pouchon


AVANT-PROPOS

J'ai tenu à rédiger cet article avec des métis que je connais personnellement et vivant à Tio’htià:ke (Montréal). J'estime qu'ils sont les mieux placés pour exprimer leur ressenti en lien avec leur métissage. Vous découvrirez le récit de chacun d'eux, ce qui vous permettra de comprendre leur dualité, la dynamique fusionnelle qui les caractérisent et le double héritage qu'ils portent en eux. L'article en question est la contrepartie masculine d'un article portant le même titre ordonné différement et qui met en lumière le récit des femmes (Cliquez sur le lien).


MISE EN CONTEXTE

Les Êtres Mélaninés que nous sommes avons connu des époques glorieuses et majestueuses qui ont bien faillit être occultées de notre mémoire collective en raison des souffrances que nous avons vécu (esclavage et colonisation) et qui continuent de nous affliger psychiquement / physiquement, culturellement, socialement / individuellement et spirituellement. Dans la reconstitution de notre histoire, il est crucial de rassembler tous les fragments faisant partie intégrante de notre patrimoine. Cela inclut bien évidemment les métis/métisses qui ont contribué de façon non-négligeable à la construction, la consolidation et l'édification des Peuples-Nations Kamites (Noir-e-s) tout en jouant un rôle déterminant dans les nombreuses luttes de libération qui nous ont permis de nous affranchir de l'esclavage et de la colonisation. Des noms comme Frederick Douglas, WEB Dubois, Malcom X, Jerry Rawlings, Bob Marley, Lewis Hamilton, Colin Kaepernick, Barack Obama, etc sont des noms qui résonnent en nous parce qu'ils évoquent la puissance, le dévouement, le courage, la détermination, l'originalité, l'illumination et la grandeur d'esprit.


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LÉZOU LOUIS AKA-TRUDEL

Lézou Louis Aka-Trudel, 11 Septembre 2019 ©Mathieu Pouchon


Le 7 avril 1986 naissait à Abidian, en Côte d'ivoire, le deuxième enfant de Mr. Bogui Timothée Aka et de Mme Aline Trudel. Cet enfant, c'était moi. J'ai connu une enfance heureuse, sous les cocotiers, parsemés de quelques allers-retours de courtes périodes au Québec. Nous y venions durant les vacances pour visiter la famille Canadienne. D'aussi loin que je me souviennes, mon frère et moi étions considérés comme une "espèce” à part; Blancs dans notre pays de naissance, Noirs dans le pays nordique de notre mère, que je conçois également notre pays, évidemment. Car naître de parents de différentes nationalités est pour nous un grand avantage. Effectivement je suis, de naissance, Ivoiro - canadien. 2 nationalités. Cette double composition est révélatrice de mon identité, tout comme mon nom: Lézou Louis Aka-Trudel. Lorsque j'avais 7 ans, ma mère, mon frère et moi avons déménagé au Québec. Culturellement, à ce moment, nous étions de petits Ivoiriens. L'accent, l'attitude, le style vestimentaire. Il y a eu une adaptation nécessaire. Je me rappelle qu’à cet âge, le plus important pour moi était de bien imiter l’accent québécois et d’intégrer ces jurons que les copains de classes disaient parfois. Cela me paraissait l’obstacle ultime afin d’être accepté. Oh, la naïveté de l'enfance! Je ne calculais pas qu'ici au Québec j’étais noir. Racisme ou pas, la différence frappe. Elle se remarque. Elle incommode parfois et embarrasse. Elle questionne. Elle surprend et émerveille. Elle ne passe pas inaperçue. Au fil des années qui passaient, je vivais de plus en plus l'expérience inverse. Dorénavant acculturé, je me sentais québécois quand j’allais visiter la famille africaine... jusqu'à temps que les saveurs de mon attiéké/sauce poisson (plat traditionnel Ivoirien) supplante le goût du ragoût de boulette et efface la mémoire des tartes de grand-maman Florette dans mon palais. Cette métamorphose continuelle. Cette capacité d'adaptation à mon environnement. Cette fluidité est le point commun que je reconnais à tous les métis que j'ai croisé. Lorsque 2 personnes de couleur de peau différentes s'unissent, il en résulte probablement un mariage génétique fort extraordinaire. Je n’ai pas la connaissance scientifique nécessaire pour l’affirmer. Je suppose. Cependant, ce dont je suis certain, c’est qu’il en ressort des êtres qui symbolisent la fusion des cultures et célèbrent la différence. La condition de leur incarnation provient de l’union des peuples.

Lézou Louis à gauche de la photo devant sa maman, Famille Aka-Trudel - 1990



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THIBAULT CAMARA

Thibault Camara ©Michel Mercé


J’ai 30 ans et j'écris pour la première fois une partie du récit issue de deux pays, liés par des relations complexes, dramatiques et profondes. Je suis né d’une mère française blanche et d’un père métis franco-guinéen. Alors, qui suis-je ? Le système occidental et colonial nous a créé une catégorie : «quarteron». Ainsi, mes trois sœurs, mon frère et moi sommes encore différenciés de cette société dont pourtant trois de nos grands-parents blancs et un grand-père noir sont nés français*. Le peu de mélanine qui colore ma peau suffit à exclure d’une société qui se dit si ouverte et moderne. Nous sommes cinq enfants et chacun de nous a une histoire différente avec la France et sa République, donc je ne peux imaginer le nombre d’histoires d’afro-descendants qui constellent les pays occidentaux ayant usé et abusé de l’esclavage, du colonialisme, de l’immigration économique etc. Aujourd’hui je pose sur papier l’une des révélations de mon histoire personnelle: en France comme ailleurs ma couleur allait me suivre. Mon arrivée au Québec en 2014 a bouleversé ma quête d’identité entre la France : un pays et ses habitants que je connais trop bien ; et la Guinée : un pays dont les seules choses que je sais m’ont été contées par mes parents ou bien les médias. Découvrir le Canada avec un passeport français, c’est un privilège: l’accent français inspire confiance et ouvre bien des portes. Néanmoins, nous restons des étrangers ou des « expat » comme préfèrent dire certains, trop fiers pour s’appeler immigrants. Je suis aussi resté noir pour ceux d'ici. Je découvre que même si les années passent, je reste aux yeux des gens un français avec les préjugés qui vont avec : habiter sur le Plateau, acheter un Canada Goose, être fendant, corriger le français des autres, etc. Mais à cela s’ajoutent encore les questions sur mon identité raciale : il doit être des îles car il est pas blanc, où a-t-il pris l'accent français … Peu à peu, le même inconfort que je ressentais en France m’a suivi au Québec. La volonté d’être inclus dans ma nouvelle société d’accueil a fait écho à mon désir inassouvi de me sentir accepté dans mon pays natal comme Français à part entière. Pour moi, ce fut une véritable épiphanie. Je découvrais que ma