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Les Peaux Claires : Mélanine Divine, Fascination Coloniale & Colorisme Ambiant

Dernière mise à jour : 31 déc. 2021


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Carl Constant ©Justbtc.ca


AVANT-PROPOS

Cet article est complémentaire à l'article intitulé Les Peaux Foncées : Mélanine Divine, Destruction Coloniale & Colorisme Insidieux. J'ai décidé de me prononcer sur le Colorisme parce que j'estime qu'il est aussi important d'avoir la version des personnes kamites (noir-e-s) à peau claire et comment le colorisme les impact différemment de ce qu'on pourrait croire sans pour autant minimiser la perception ultra-positive associée à la clarté de la peau faisant d'elle le seul canon de beauté (devenant ainsi un privilège selon les standards de la société occidentale) par excellence et dévalorisant par la même occasion les peaux ne correspondant pas à cette esthétique. Le colorisme comme nous le savons est l'une des séquelles du racisme que nous avons hérité faisant en sorte que nous soyons dans la dévalorisation constante de nos attributs physiques tels que la couleur de notre peau, la texture de nos cheveux, la particularité de notre corpulence et la génétique de nos traits négroïdes. Cette dimension physique de notre être est reliée à notre psychisme et notre cosmos intérieur que seuls les Êtres Mélaninés ont la capacité de percevoir avec justesse et subtilité. Dans la rédaction de cet article, j'ai voulu que deux autres personnes à la peau claire comme moi puissent également se prononcer sur le sujet, il s'agit en l'occurrence de Kyo Nayi que j'ai connu à Tio'htià:ke (Montréal). Bien que nos interactions furent brèves, cordiales et irrégulières, j'en garde un très bon souvenir par la façon positive dont elle a de se percevoir et d'entrevoir les autres. La seconde personne est Carl Constant que j’ai rencontré au Maqui (Secret Lounge) au courant de la Saison X (2020). Il m’a paru quelqu’un de fabuleux par l’énergie apaisante et observatrice qu’il dégageait.


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KUGARUKA

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Kugaruka Nsoromma Ashê Sankofa


Au cours de l'un de mes séjours à Yahmessou [Côte d’Ivoire] pendant la Saison III (2013) mon beau-frère me disait que la première question que son entourage lui avait posé à la naissance de l'un de mes neveux était de savoir si l'enfant était sorti claire de peau. Oui, vous avez bien lu et j'avais bien entendu. Mon beau-frère avait été contrarié parce que son entourage immédiat ne s'était pas inquiété de l'état de santé du bébé, mais plutôt de la coloration de sa peau et à l'impérativité qu'elle soit claire. Je me souviens aussi que quand j'étais revenu à Babi (Abidjan) on me disait que j'avais un vrai teint faisant allusion bien évidemment à ma peau claire qui avait éclairci davantage à cause de l’hiver québécois. Qui sont donc celles et ceux qui ont des faux teints ou des teints inachevés ? Je suis d'avis que la peau claire est une belle peau et qu'elle fait partie des nuances de peau que l'on retrouve naturellement au sein des Peuples-Nations Kamites. Toutefois, la fascination coloniale pour la peau claire fait en sorte que notre psychisme intègre que cette peau est plus belle que la peau foncée. Le résultat de cette équation fait en sorte qu'une personne claire est inéluctablement considérée comme beaucoup plus belle qu'une personne à la peau foncée. On peut citer par exemple le cas Beyoncé vs Kelly Rowland qui un est exemple palpable du colorisme dans l'industrie musicale aux États-Unis. Cette perception de la beauté est fortement ancrée en nous, conduisant ainsi à des dérives que nous connaissons si bien sous le vocable du décapage de la peau et qui affecte plus particulièrement les femmes kamites. J'ai réalisé à mon tour que la façon dont on me percevait avec cette peau claire lorsque je vivais à Yamessou, n’était pas la même façon dont je me percevais à l'époque puisque je n'avais pas conscience du colorisme ambiant. J'ai commencé à le ressentir lorsque j'ai pris conscience de mon essence kamite et c'est à cet instant que j'ai commencé à remarquer et constater que j'avais très souvent certaines faveurs et un traitement préférentiel remarquable de la part de tierce personnes consciemment et inconsciemment en raison de la clarté de ma peau et qu'à l'inverse les gens que je connaissais qui avaient la peau foncée dans mon entourage proche n'avaient pas le même traitement que moi. Cette réalité effarante du colorisme doit nous faire comprendre que le racisme dans l'une de ses manifestations les plus perverses, nous a fait croire que l'idéal de la beauté en terme épidermique était la blancheur en nous léguant ainsi le spectre du colorisme, il s'assure de continuer à attiser la comparaison, l'envie et la jalousie au sein d'un même peuple et d'une même nation.


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KYO NAYI

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Kyo Nayi à l'évènement Joie Noire Montréal ©ManouchekaLacherie


Qu’on le veuille ou non, le colorisme et les biais associés à ce dernier sont ancrés dans l’esprit de chacun d’entre nous, Peuples Nations Kamites. Nous baignons dans cet héritage colonial doublé du martèlement continu et incessant des sociétés occidentales dans lequel nous vivons pour la plupart. Presque impossible d’y échapper. Je suis née et ai grandi a Paris, j’ai continué mon parcours en Amérique du Nord, il y a 9 ans de cela. Mon père est camerounais, ma mère vient de la Martinique. Ce croisement de cultures m’en a fait voir de toutes les couleurs, sans mauvais jeu de mots. Ma mère étant très claire de peau (et ayant des gènes apparemment très forts), nous a transmis ce teint qui, il faut l’admettre, donne beaucoup de traitements de faveurs dans l'ère où nous vivons. J’ai limité ma réflexion aux communautés noires, bien que je sois très consciente que ce phénomène existe dans le monde entier. Comme Kugaruka l’a mentionné très justement, j’ai été témoin de comportements au sein de ma propre famille que j’ai compris beaucoup plus tard. Contexte: j’ai grandi presque exclusivement autour de ma famille camerounaise et je me suis souvent sentie très exclue, mise de côté, malgré mes efforts continuels à vouloir appartenir au groupe soudé de mes cousines. Je ne peux pas dire à l'heure actuelle si j’ai eu un traitement de faveur des adultes en raison de mon teint clair de peau, je n’en ai que peu de souvenirs. Mais je peux comprendre qu’une majorité d’entre elles ont souffert de ce colorisme ce qui a créé un ressentiment envers les jeunes filles plus claires. Famille ou pas. Cela passe par la représentation dans les médias, le peu de noirs représentés se limitaient souvent à des bi-raciaux aux cheveux soyeux ou bouclés. C'étaient les filles “métisses” qui obtenaient souvent les traitements de faveurs des garçons à l'école. Je sentais qu’elles avaient beaucoup d’amour pour moi, mais que ce combat interne les empêchait de dépasser cette blessure interne très profonde.


Cela paraît fou à dire mais je n’ai pas pris conscience de mon teint clair jusqu'à mon jeune âge adulte. 99% de mon entourage familial durant toute cette période sont des individus au teint foncé. Je me suis donc toujours identifiée au reflet de ceux qui m’ont entouré.

Fast forward à mes 20 ans: je visitais une amie de la famille qui venait juste d’accoucher et j’ai vu une tante dégager l’oreille du nourisson afin d’en voir la pointe, Pour ceux qui ne le savent pas, dans beaucoup de cultures noires, c’est commun de verifier cette partie de l’anatomie pour savoir la couleur “finale” que l’enfant aura. C’est la toute première fois que j’ai été confrontée à la réalité du colorisme au sein de ma propre communauté en étant pleinement consciente de ce qui se passait. Son regard trahit un soulagement en réalisant que cet enfant allait très certainement être claire de peau. Mon cœur s’est brisé à l'instant même, j’avais compris. Je pourrais continuer encore sur des pages entières, mais l’heure n’est plus au constat ou à la dénonciation, mais aux actions. Nous avons cette chance immense de pouvoir bousculer les codes lorsque nos parents et grand-parents, ont été endocrinés jusqu'à la moelle et ont vécu une pression presque insoutenable de la culture dans laquelle ils ont baigné. Mon avis: je ne pense pas qu’on peut leur en vouloir, la société, la famille, les codes, they just didn’t know better. L’objectif, c’est de déconstruire ces fausses croyances sans en oublier leur réalité toujours actuelle. En commençant par la jeunesse: cela est déjà prouvé que c’est à cette période de la vie que beaucoup de nos croyances se forgent. J’ai déjà 5 nièces et neveux (allant d’un teint “white passing” au brown skin). Je m’assure qu'à chaque instant, je leur montre la diversité et l'égalité des teints qui composent nos beaux peuples mélaninés. J’adopte le même comportement au sein de mon cercle d’amis, professionnel, et même auprès d’inconnus. Je m’assure de ne pas laisser quelconque remarques ou attitudes désobligeantes envers mes frères et sœurs ayant la peau foncée. Et avec GRANDE assurance. Je ne peux plus me permettre de fermer les yeux et de ne pas dénoncer un fléau qui décime et gangrène nos communautés et dont j’en jouis sans aucun doute le privilège, même si je ne l’ai pas demandé.


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CARL CONSTANT

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Carl Constant ©Justbtc.ca


Je tiens tout d’abord à remercier Kugaruka pour cette opportunité et ces mots émis à mon égard. Pour débuter je tiens à dire que depuis mon jeune âge je passe mon temps à observer les interactions sociales. Elles me fascinent et m’intriguent en même temps. À l’enfance, j’ai réalisé la distinction que l’homme fait lorsqu’une personne est catégorisée belle versus moins belle. Il y a toujours des avantages à bien paraître, ces avantages sont subtiles et je dirai même que ce sont des lois non écrites. Avoir une peau claire n’a jamais été un fardeau en soi, mais j’ai toujours trouvé désolant cette distinction qui amène un groupe à se croire supérieur à un autre. Ce phénomène de colorisme nous amène à croire que tout ce qui s’approche des traits caucasiens est mieux, que ce soit de la peau en allant aux traits du visage et même aux cheveux. On peut même voir une différence dans certaines cultures, dans les Antilles ou même en Inde, les gens avec une peau pâle sont souvent au pouvoir tandis que le peuple est souvent plus foncé. Phénomène utilisé par les colons pour créer une division au sein d'une même communauté, comme l’adage le dit si bien diviser pour mieux régner. Le fait d’être clair est vu comme une bonne chose dans toutes les cultures en général ce qui rend la peau foncée vue comme mauvaise. Personnellement au secondaire parfois je ne voulais pas sortir au soleil par peur de devenir trop foncé. Par expérience personnelle, j’ai souvent entendu dire que je ne suis pas attiré par les noirs, mais toi tu es différent et quand je posais la question pourquoi on me rappelait que j’étais clair. Ce phénomène amène une division au sein de nos communautés et créé ipso facto un sentiment de supériorité chez les gens de couleur pâle versus celles de couleur foncée. Le besoin d'être accepté par celui qui détient le pouvoir amène souvent ce désir et amplifie les problématiques. J’ai souvent entendu team light skin ou team dark skin ce qui ne fait qu'accentuer cette différence. Les médias inconsciemment renforce ce complexe en mettant de l’avant beaucoup plus les métis/métisses et les gens de couleur pâle à l’avant-scène. De ce fait, il est important d’adresser cette situation entre nous et avoir une discussion ouverte dans des espaces sécuritaires pour avoir des conversations saines qui nous permettront d’évoluer et de mieux comprendre nos perceptions qui sont parfois inconscientes, car elles sont malheureusement ancrées dans notre subconscient.



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FASCINATION COLONIALE, COLORISME AMBIANT & MÉLANINE DIVINE


Fascination Coloniale – l'obsession de la blancheur nous a fait basculer dans des dérives auto-destructrices. La course à la clarté de la peau est encore présente dans nos communautés et toutes les gammes de produits cosmétiques industrielles ou confectionnées par des chimistes en herbe pour s’éclaircir la peau, les publicités vantant les mérites d’une peau lightskin, des vedettes ayant emboîté le pas du décapage, les séries/feuilletons/films/clips-vidéos mettant très régulièrement et à une forte dose la personnification de la blancheur et de la clarté de la peau contribuent à alimenter cette fascination coloniale. Cette dernière doit faire l’objet d’une transmutation énergétique dans la psychée des Êtres Mélaninés afin d'en arriver à une fascination kamite valorisant toutes les nuances de peau et en insistant sur le pourquoi il y a eu une fragmentation au niveau de la société en raison de ce colorisme ambiant.


Colorisme Ambiant – Toutes les personnes kamites à peau claire dès qu’elles sont conscientes du colorisme doivent être vigilantes, attentives et aiguisées leur sens de l'observation : [savoir que notre présence attire systématiquement les regards, savoir détecter les compliments qui valorisent réellement votre beauté de ceux qui mettent l’accent plus que d’ordinaire sur votre teint (le regard des gens en dit long), prêter attention à la façon dont on interagit avec vous de façon complaisante et aimable comparativement à d’autres personnes kamites à la peau foncée avec qui l’on se montre réfractaire et hostile, remarquer l’historique des conquêtes de votre copain ou copine pour savoir si inconsciemment ses préférences ne vont uniquement qu’aux peaux claires et le/la confronter à ce sujet (je sais, ça va loin), comprendre aussi pourquoi vous-même en tant qu’une personne kamite à la peau claire vous ne voulez pas de conquête qui vous ressemble. Est-ce parce que vous désirez uniquement être le centre de l’attention ?, savoir qu’on peut rechercher votre compagnie seulement à cause de ce trait physique ou se départir de vous à cause de cela, savoir qu’on peut vous aimer et vous accorder des faveurs seulement à cause de la clarté de votre peau sachant qu’on accorderait pas une attention particulière aux autres personnes à la peau foncée, comprendre le langage non-verbal et les non-dits des gens qui vous entourent qui ont la peau foncée et qui peuvent développer des complexes, une envie et de la jalousie envers vous sans que vous ne sachiez réellement que c’est lié à votre teint lightskin, avoir l’assurance de sa personne en valorisant cette peau claire sans pour autant développer de l’arrogance et le sentiment de croire que vous vous rapprocher de la blancheur (Minal Mi*) vous êtes irrémédiablement des kamites avec une nuance de peau introduite par le créateur]


Minal Mi* : est une expression de la Nation Mungo Ba Loba (Cameroun) et du Peuple Béti qui signifie n’importe quoi. Cette expression est couramment utilisée dans le langage populaire et est reprise bien souvent par des web-comédien-n-es ou des youtubeurs/youtubeuses adeptent des Storytime.


Mélanine Divine – Le cosmos divin est fabuleux dans toutes ses formes de création et dans la diversité des gammes de peaux qui existent dans la génétique des Peuples-Nations Kamites.


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